Marsouins de France et d'outre-mer

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 Les égouts de MILIANA

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prigent

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Date d'inscription : 01/01/2011
Age : 81

MessageSujet: Les égouts de MILIANA   Ven 29 Mar - 20:06

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Les égouts de Miliana.


Cette région de Miliana, ville de montagne, à 130 kilomètres d'Alger, ou le régiment fait depuis le 8 octobre des fouilles et des embuscades incessantes dans son djebel boisé au pied du massif du Zaccar. La ville écrasée au pied de ce massif, supporte la terreur d'une bande de rebelles particulièrement actifs.
A sa tête son chef Si Abdelazis connait dans ses moindres recoins cette région et se permet de contrôler le périmètre sans avoir de problèmes majeurs, pouvant se replier rapidement et se confondre dans le massif, zone inexpugnable lui servant de repaire et de base de défense, une forte végétation lui permet de se camoufler aisément et de circuler à l'insu de tous.
Il possède à sa solde des complicités bien intégrés et insoupçonnables à l'intérieur de la ville.
Les embuscades ne donnant pas satisfactions, des officiers du 3e RPC, habillés en uniforme de l'infanterie coloniale pour ne pas attirer l'attention des fells, font du renseignement pour sonder le terrain et glaner des indices sur la présence de la bande d'Abdelazis.
La décision de Bigeard et prise; encercler Miliana de nuit, et pénétrer dans la ville, il dispose son PC dans une école, pour notre part nous occupons une caserne inoccupée. Au petit matin, la surprise est totale pour les habitants de la citée à peine réveillée, en voyant défiler les paras colonnes par six , chantant d'une seul voix « être est durer » notre chanson phare.
Devant le PC , bien en évidence pour que toute la ville ne puisse l'ignorer, le fanion du régiment et de grandes photos
de 1,20 mètre sur 1 mètre avec la légende « Para, tu est fait pour mourir, tu iras où l'on meurt. ». « Apprends à regarder la mort en face ». Après cette mise en scène, nous sommes tous partis de nuit sur les sommets tendre des embuscades, arpenter le terrain à la recherche d'un indice, d'un contact avec les rebelles, pendant 8 jours de marches inlassables les indices sont faibles. Aucune trace de la bande qui s'est mise en veilleuse, les marches de nuits deviennent épuisantes, harassé par des jours de traque en montagne, nous soufflons un peu dans cette caserne, ou l'Escadron occupe plusieurs locaux.

Nous avons fait avec nos jeeps, des bouclages aux entrées de la ville afin de procéder à des filtrages d'entrées et de sorties des véhicules et des habitants. Les compagnies sans cesse sur la brèche ont fait un bilan d'une dizaine de fells tués et la découverte de dépôts de munitions, récupérant des armes et des renseignements. Mais pas de bande, à croire qu'elle a disparue, volatilisée.

Un drame vient endeuiller notre compagnie et plus particulièrement les deuxième et quatrième pelotons de notre Escadron. Les deux pelotons sont en communs dans une grande pièce ou sont alignés des lits en fer sur plusieurs rangs. Nos équipements suspendus aux pieds ou à la tête des lits, les armes également ou appuyés au murs, les sacs TAP au pied du lit, certains se sont débarrassés de leur veste camouflée, la chaleur est dure à supporter dans cette atmosphère confinée, pas d'ouverture à porté de regard, des vasistas assez haut permettent à la lumière de pénétrer dans la chambre.
Nous sommes en alerte maximum, prêt à dégager au premier appel des chefs de sections. Pour ma part, avec mon fusil-mitrailleur j'occupe le lit à l'entrée de la chambrée et mon équipe se tient pas très loin de moi.
Un gars du 2ème peloton Françis D... et son camarade V..., sont allongés sur leurs lits. Plus loin, mon copain Jacky Fièvre voltigeur se tient avec son équipe sa veste accrochée à un lit. Plus loin, un autre camarade Daniel Belot,radio du capitaine Le Boudec. Je suis parti aux toilettes laissant le FM à la garde de mon pourvoyeur. Quand un sous-off fait irruption dans la pièce et hurle le branle-bas de combat, le sursaut est général. Tous les paras sautent de leurs lits en attrapant à la volée leurs équipements. Dans la frénésie du coup de gueule, les gars décrochent leurs brélages, et ceux qui ont enlevés leurs vestes, foncent la récupérer. Bref, çà bouge fort !.
Il attrape en tirant fort sur son équipement posé au pied de son lit en fer. La grenade quadrillée attachée à son ceinturon est coincée par la goupille dans une pièce métallique du lit. Il tire une deuxième fois sur son équipement ce qui a pour effet de sortir la goupille de la cuillère, celle-ci ce met à fuser: il lui reste 7 secondes pour réagir ! Il bondit en criant cherchant désespérément un endroit ou jeter la grenade pour protéger la vie de ses camarades. Il n'y a pas de fenêtres.
Alors il prend une décision mortelle; en hurlant «  grenade!! », il se plaque au mur tenant la grenade au creux de son ventre son équipement et son ceinturon autour de l'engin et attend l'explosion !. Tout les paras ont compris le drame qui se déroule sous leurs yeux.
Que lui est-il passé par la tête durant les quelques secondes restantes ? Un sursaut de courage et d'abnégation, car il sait que sont geste ne peut lui sauver la vie, il pense à la vie de ses copains pétrifiés . Certains n'ont pas réalisés la suite meurtrière. L'explosion de l'engin jette la panique et la confusion aux alentours. Les éclats de la grenade défensive sont projetés dans toutes les directions avec des morceaux de chair. Le para est resté debout le long du mur, il accuse toute la charge de la grenade, il hurle : « mon bras ! mon bras! » en agitant un moignon sanguinolent d'où l'os ressort à travers des lambeaux de veste et de chairs, il ne se rend pas compte que son ventre n'est plus qu'un trou énorme ou les intestins mélangés avec des débris de ceinturon s'écoulent.
Mon brave camarade Jacky Fièvre avec lequel j'ai fait mes classe à Bayonne, debout au moment de l'explosion avec sa veste dans les mains reçoit un éclats de grenade par derrière en plein cœur. Il s'écroule touché mortellement, il mettra deux jours à mourir.
V... mourru également quelque jours après. Un para cherchant à s'abriter reçoit un éclat dans le poignée. Daniel Belot qui s'équipe reçoit des éclats dans sa manche de veste sans le toucher; un miracle pour lui !! Des morceaux de chair ont été projetés partout. Un gars retrouve un doigt dans sa gamelle projeté par l'explosion. C'est affreux !. Les gradés ont accourus avec l'infirmier, à la vue du carnage, ils font sortir tout le monde, sonné par l'explosion et le spectacle les chefs de section font un rassemblement, je fonce dans la chambrée récupéré mon FM et mon équipement, j'ai entendu le bruit de l'explosion loin de penser à la gravité de l'accident.
Les cris de rassemblement, font réagir les paras, ce n'est qu'après que j'ai su ce qui s'était passé.
Nous sommes partis dans cette opération ou les fells se retrouvent coincés dans les grottes souterraines se prolongeant sous la ville, dans un décor digne d'un film de science fiction, l'eau de la ville vient se jeter devant l'entrée de cette immense souterrain truffés de petites grottes, ou pousse des plantes et des lianes presques blanches dû au manque de lumière, la chaleur et l'humidité aidant.
Cet endroit est un véritable repaire ou vient se cacher la bande d'Abdelazis, qui impunément rançonne les véhicules passant sur la route et perçoit des impôts; les habitants de Miliana sont terrorisés par cette bande sanguinaire.
Ayant situé et encerclé les rebelles, l'assaut est lancé par « Bruno ».
Les unités convergent vers l'entrée du souterrain, bloquant toutes les sorties possibles. L'ouverture sous la chute d'eau est rendue difficile par la pente très raide, les abords sont glissants par l'humidité et les plantes enchevêtrées aux abords de ce trou immense et haut d'environ 25/30 mètres, l'entrée étant dissimulée par la cascade, le ravin n'est accessible que part un groupe d'assaut réduit. C'est dans une semi pénombre que les paras de la compagnie d'appui du lieutenant Schmit s'engagent dans ce décor fait d'immense lianes et de fougères aux feuilles blêmes, la clarté diffuse ne parvenant pas a fournir la chlorophylle nécessaire aux plantes.
Les premiers gars engagés dans la grotte sont reçus par une violente fusillade provenant de l'intérieur, les premiers paras sont touchés mortellement, il faudra déloger les fells mètre par mètre au corps à corps, dans cette immense grottes d'autres grottes plus petites servent de protection ou les fells sont retranchés.
L'Escadron participe au combat, des jets de grenades se succèdent, mais les para sont bloqués dans l'entrée sans pouvoir faire un pas de plus , la bagarre dans les ténèbres n'est pas à l'avantage de nos gars. Pour faire plus de poids, un para suspendu au dessus de la grotte par une corde tiens dans sa main un paquet de grenades attachées entre elles, se laisse glisser jusqu'à l'ouverture, pendant que plusieurs paras se tiennent sur une petite plate forme juste au dessous et attendent que le gars balance ses grenades dans l'ouverture, mais après avoir dégoupillé une grenade, il fait un mouvement de balancier pour lâcher sont paquet de grenades qui lui échappe soudain et vient tomber au pieds des para de la plate forme, l'explosion des grenades les ont déchiquetés! C'est terrible!
Des lances-flamme sont mis en action par une autre unité mais sans résultats, ils seront délogés dans des actes de bravoure meurtrier et tués, mais à quel prix !

14 rebelles tués un seul prisonnier. Chez nous les pertes sont sévères 7 paras sont morts et 6 blessés plus ou moins gravement.
Les corps des fells seront remontés et exposés sur la place publique afin que tous puissent les voir et reconnaitre et constater à quel point leur ville était pourrie.

Une anecdote: le PC du colonel commandant le secteur et son terrain de tennis était juste au-dessus du souterrain.
Miliana en deuil a rendu un pieux hommage à nos camarades du 3e RPC tombés au cours des combats qui ont permis l'anéantissement de la bande d'Abdelazis.
Des gerbes officielles et anonymes aussi, recouvrent les sept cercueils drapés dans les plis d'un drapeau. De chaque côté, figés, le visage fermée, des parachutistes, mitraillette à la hanche, montent la garde. Il y a un défilé mais pas de musique. Lentement, de leur pas décontracté, l'arme à la bretelle, en blocs compacts, les compagnies du régiment sont passées une dernière fois devant les cercueils. Et tous dans nos tenue camouflée nous avons chantés à pleine voix le regard dur et les yeux fixés droit devant, virilement « Paras Bigeard...Il faut souffrir... Savoir mourir...Sur le chemin de la victoire... ».

A Miliana, les habitants de la ville se souviendront longtemps de nous, les paras du 3e RPC. Et de nos morts et de nos blessés.




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Les égouts de MILIANA
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