Marsouins de France et d'outre-mer

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 Lieutenant Paul BRUNBROUCK 4eme RAC

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bruno
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bruno

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Lieutenant Paul BRUNBROUCK  4eme RAC Empty
MessageSujet: Lieutenant Paul BRUNBROUCK 4eme RAC   Lieutenant Paul BRUNBROUCK  4eme RAC I_icon_minitimeDim 7 Fév - 18:39

bonsoir les marsouins

Lieutenant Paul BRUNBROUCK (28 ans) 4eme RAC


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Ce
grand et athlétique garçon au visage anguleux dissimulait derrière
l'ironie de son regard bleu et sa causticité gouailleuse, une âme bien
trempée de foi et de patriotisme au gré des épreuves de sa jeunesse. Né
à Roubaix en 1926 dans une très nombreuse famille, orphelin très jeune,
élevé par une soeur aînée, il a quatorze ans lorsque sa province est
occupée par les Allemands. Il entre à Saint-Cyr parmi l'élite de la
promotion "Général FRERE" et, à sa sortie, choisit de servir dans
l'artillerie coloniale.

Arrivé en Indochine en janvier 1953,
il est affecté au 11/4e RAC comme officier de liaison et observation en
opérations dans le delta tonkinois et à Na San, puis comme lieutenant
de tir à la 4e batterie. A ce poste, il ne tarde pas à s'attacher ses
80 Africains et sa vingtaine d'Européens pendant les opérations du
deuxième semestre 1953 dans le sud du delta. Le 4 décembre, son
capitaine, appelé à assurer l'intérim d'adjoint au commandant de groupe
à Thaï Binh, lui transmet le commandement de la batterie alors à Phu
Ly. L'intérim durera jusqu'à sa mort ; la 4ème batterie deviendra de
fait la "Batterie Brunbrouck".

Le jour de Noël le PC du
groupe et de la 4e batterie sont aérotransportés à Diên Biên Phu. Le PC
s'installe àl'Ouest de la Nam Youm au sud de la piste d'atterrissage,
auprès des huit 105 de la Batterie autonome du Laos dont les personnels
vont être remplacés par ceux des 5e et 6e batteries. La place manque
pour la 4e qui, après un séjour au réduit central Claudine au sud de la
piste, sera bientôt placée à l'Est de la rivière dans le P.A.
"Dominique 3". Cette circonstance va déterminer son destin... et son
exploit...

Cette nuit-là, Diên Biên Phu, déjà terriblement
ébranlée par l'écrasement les 13 et 15 mars de deux de ses meilleurs
bataillons (3/13e D.B.L.E,. et 5/7e R.T.A.), cette nuit-là, Diên Biên
Phu va sombrer : les P.A. de Dominique et Eliane ont été emportés par
le déferlement hurlant de milliers de Viêts. Ceux-ci se voient
vainqueurs et jettent deux régiments de la division 312 vers le polit
de la Nam Youm. Le coeur du dispositif est là, à quelques centaines de
mètres, et, croient-ils, Il n'y a plus rien, plus personne pour les
arrêter, hors une batterie de quatre (obusiers) 105 HM2 du 4ème R.A.C.,
bien frêle obstacle pour les vainqueurs de Dominique.

Mais cette batterie est commandée par Brunbrouck et ce combat... c'est le sien.

En un instant, les quatre tubes à l'horizontale déversent à une folle
cadence leurs obus, à bout portant, dans les colonnes viêt. Tout le
personnel non strictement indispensable au service des pièces, les
chauffeurs, les téléphonistes etc. ... empoignent un fusil... Les
Africains, les Européens font face ...


Brunbrouck est
partout, rassure les uns, conforte les autres, rameute les fuyards
éperdus, récupère ici une mitrailleuse, là-bas un mortier de 60 et tout
le monde tire à tout va sur un assaillant d'abord médusé, puis vite
conscient d'être tombé dans une nasse mortelle. D'autant plus qu'au mur
de feu de Brunbrouck s'ajoute celui de son camarade de promotion de
Saint-Cyr Filaudeau et de ses tirailleurs de la 12e compagnie du 3/3e
R.T.A, cramponnée sur le dernier piton Dominique, un mouchoir de
poche... A quelques centaines de mètres Luciani et ses légionnaires
paras (du 1er B.E.P.) s'accrochent désespérément aux derniers lambeaux
du P.A. Eliane.

Les compagnies viêt hésitent, refluent, se
ruent de nouveau. Les Bô-dôi vont-ils gagner, passer ? NON ! Les
artilleurs, pris à la gorge, ne plient pas. Brunbroucken fait des
démons...

L'ordre lui est donné - deux fois répété - de
faire sauter ses canons. Brunbrouck refuse vertement : - " Bande de
Cons... , envoyez-moi des munitions d'infanterie et, demain, je
ramènerai mes pièces !" Le Colonel Langlais, chef et même plus encore
âme de la défense, que le rude langage ne trouble certes pas, en reste
tout de même éberlué un bref instant et lâche un :

"Chapeau, l'artilleur !" très rare et très grand compliment dans sa bouche.


Mais les Viêts veulent leur pont et leurs sections, reformées,
repartent à l'assaut en masses hurlantes, Gouaillées par l'échec
précédent. Au tir dévastateur des quatre 105 de Brunbrouck, qui les
cloue sur place, s'ajoute maintenant le feu serré des mitrailleuses
quadruples de 12,7 qui écharpent les Viêts en longs traits de feu
par-dessus la Nam Youm, dans un fracas de volcan. Les vagues de Bô-dôi
se brisent, tournoient, déboussolées. C'est fini, le ressort est cassé.
Brunbrouck et les siens ont gagné, le pont n'est pas franchi et,
demain, Brunbrouck ramènera ses canons et ses bigors.

Fait
d'armes exemplaire : rien n'a fait céder Brunbrouck, ni la
disproportion des forces - deux régiments d'un côté, une maigre
batterie, moins de cent hommes, de l'autre -, ni l'adéquation de
principe entre les Bô-dôi, la meilleure infanterie du monde, disait-on
souvent, et ses braves artilleurs africains, ni l'atmosphère
d'effondrement général, ni même l'ordre de détruire ses canons. Tout
cela, Brunbrouck le sait mieux que quiconque, mais il en fait son
affaire, c'est son jour, son combat. Il est face aux Viêts, bien sûr,
mais plus encore face à lui-même, à son devoir, à son destin.

Chacun de nous, chacun de vous, jeunes officiers, aura une fois, une
seule fois sans doute, l'occasion de se mesurer à lui-même et de se
surpasser... ou non. L'homme est alors seul et, si j'ose dire, tout nu,
vulnérable, fragile, et, je crois, il a peur.

Mais voilà
qu'il est pris d'une sorte de rage froide, que tout ce qu'il a su
mettre en lui de détermination, de maîtrise de soi, jaillit en un
torrent inextinguible : son choix est fait, c'est le choix du sommet,
du courage conquis. Tout aussitôt, autour de lui, chacun se surpasse,
se veut, d'instinct, à la mesure de l'homme d'exception qui vient de
naître là, sous ses yeux.

Cela, c'est toute l'histoire de la
batterie Brunbrouck et du pont de Garigliano - pardon, du pont de la
Nam Youm : un homme, à lui seul, a fait basculer le destin être poussé
la défaite provisoirement hélas ! Mais c'est une autre histoire.

Cet homme là, c'est l'un de vous, à peine plus âgé - 27 ans -, mais si
semblable à ce que vous rêvez d'être, à ce que vous pouvez être. Oui ,
l'un de vous éclatant de dons, certes, une joyeuse force de la nature,
une intelligence claire, un jugement sûr, le sens de l'amitié partagée,
une très profonde et très discrète foi chrétienne éclairant la vie, la
conscience d'avoir tout cela, et la modestie en plus.

Lequel de vous ne rêverait d'être ce Bayard ? Et vous savez bien qu'un grand destin est un rêve vécu...

Le clair destin de Brunbrouck, lui, va hélas, s'achever aussitôt, comme
les super novae qui illuminent le ciel, éclatent et meurent. Un seul
éclat, certes, mais quelle lumière ! Et quelle mort...

Le
mardi 13 avril, Mardi Saint, un coup direct de 105 écrase son abri de
combat et le blesse grièvement. Il sent qu'il va mourir, se confesse,
communie, puis rassemble ses dernières forces et exhorte ses hommes à
combattre de toute leur énergie, de tout leur courage, avec une
véhémence, une âpreté qui frappe chacun. Ensuite, ensuite seulement, il
est conduit à l'antenne chirurgicale, juste à temps pour qu'il sache
que mes mains amies lui fermeront les yeux, après le grand Adieu que
nous avons eu le temps d'échanger, sous les yeux de mes infirmiers,
vrillés d'émotion.



Docteur J. GINDREY,
chirurgien à Diên Biên Phu



respect a lui [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] [Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

_________________
Et au Nom de Dieu, vive la coloniale.
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