Marsouins de France et d'outre-mer

Ce forum est dédié à tous les marsouins de France et d'Outre-mer, pour se retrouver, quelque soit le régiment duquel ils sont issus. Infanterie, Bigor, Cavalerie, parachutiste. et à tous nos frères d'armes.
 
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 militaires indochinois en Europe (1914-1918)

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bruno
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bruno

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MessageSujet: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeSam 27 Fév - 17:53

bonjour les marsouins

Historique>Les militaires indochinois en Europe (1914-1918)


Les militaires indochinois en Europe (1914-1918)

Lorsqu'elle
apprend par un câblogramme, le 3 août 1914, la déclaration de guerre de
l'Allemagne à la France, la communauté française de Saïgon manifeste
une intense ferveur patriotique. Le Kegel-club, lieu de réunion des
résidents germanophones est saccagé. La population autochtone pour sa
part demeure calme, voire indifférente à l'information qui ne semble
pas la concerner.

Le
secrétaire général du gouvernement de l'Indochine, Jost Van
Vollenhoven, qui remplace le gouverneur général Sarraut déclare l'état
de siège puis propose au gouvernement de Paris l'envoi de troupes en
Europe. A ce moment là, 23.930 militaires d'active servent dans la
péninsule dont 13.373 tirailleurs, ces effectifs pouvant recevoir le
renfort de 29.064 réservistes dont 23.936 autochtones. De son côté, la
cour de Hué fait part de son désir de lever un bataillon de volontaires
pour aller se battre en France.

Le
généralissime Joffre, qui a pourtant servi à Formose, en Annam et au
Tonkin de 1884 à 1888, ne donne pas suite à ces démarches. Pour lui, en
effet, « les Annamites ne présentent pas les qualités de vigueur et de
résistance physique pour être employés dans une guerre européenne ». En
revanche, il est tout disposé à accueillir sur le front un corps
d'armée japonais !

En fait, des Indochinois, ceux de l'équipage du contre-torpilleur "
Mousquet
"
appartenant à la Division Navale d'Indochine, vont combattre dès le 29
octobre 1914. Placés sous les ordres du lieutenant de vaisseau
Théroinne, ils affrontent ce jour là le croiseur léger "
Emdem
"
devant l'île de Penang (Malaisie). Sans tenir compte de son infériorité
en artillerie, le navire français à bord duquel se trouvent 80 hommes
dont une dizaine de Cochinchinois fonce en direction de l'Allemand avec
l'intention de l'éperonner. Touché par la troisième salve de l'"
Emdem
", le "
Mousquet
"
riposte puis coule pavillon haut. Une partie des marins français tombe
alors à la mer, parmi lesquels les matelots Calloch et Tui qui tentent
vainement de sauver le lieutenant de vaisseau Théroinne. Au cours du
combat, le matelot Nguyên Van Co et les élèves mécaniciens Da Van Cu et
Phan Van Phi ont été tués. Ce sont là les trois premiers morts
indochinois de la grande guerre.

Jusqu'au
début de 1915, la participation de la péninsule au conflit se réduit à
l'envoi dans les Vosges des pousse-pousse de l'exposition coloniale de
Lyon. Ces véhicules servent à transporter les blessés ; les archives ne
permettent pas d'affirmer que les tireurs annamites les ont
accompagnés. Avant cela, le 3 novembre 1914, un paquebot quitte Saïgon
à destination de Marseille avec 2.220 militaires de carrière européens
à son bord. Afin de faire taire la méfiance envers les tirailleurs
indochinois, le gouverneur général par intérim Van Vollenhoven adresse
à Paris une enquête portant sur la période 1909 à 1914. Les résultats
de cette recherche prouvent que durant cette époque aucune agitation
nationaliste n'a été décelée au sein des formations autochtones. En
janvier 1915, le Ministre des colonies Domergue écrit à son collègue de
la guerre Millerand que « le loyalisme des sujets de l'Union serait
renforcé si nous les admettions à concourir aux opérations de guerre
menées actuellement ». Déjà, par ailleurs, Paris a demandé l'envoi de
mécaniciens et de laqueurs pour traiter les ailes des aéroplanes. Ces
ouvriers arrivent à Pau le 28 mars 1915.

Au
printemps 1915, les pertes humaines des forces françaises étant
importantes, la Commission de l'armée avance l'idée de recruter 100.000
hommes en Indochine. Revenu de ses préventions de l'année passée,
l'état-major affirme que « la péninsule compte d'excellents régiments
de tirailleurs rompus à toutes les guerres ». Le général Pennequin
auteur dès 1912 du projet de la « Force Jaune » est tiré de sa
retraite. En octobre 1915, il écrit « qu'il se fait fort de lever de 40
à 100.000 montagnards et de les emmener en Égypte ». Plus modestement,
le haut commandement table sur l'envoi de 35 à 40.000 hommes. Un
câblogramme du 7 octobre 1915 autorise la participation armée de
l'Indochine au conflit.

Alors
que déjà 4.631 ouvriers autochtones ont rejoint la métropole, le
gouverneur Roume presse le départ de deux premiers bataillons de
militaires de carrière. Le 21 octobre suivant, 213 tirailleurs du 1er
B.T.I. embarquent sur le "
Magellan
", le reliquat suivant sur le "
Mossoul
".

De
1915 à 1918, 43.430 originaires de la péninsule sont acheminés vers la
France et l'Orient. Ils y forment 4 bataillons combattants et 15
formations d'étapes à vocation logistique. Parmi eux, on dénombre 9.019
infirmiers et 5.339 commis et ouvriers d'administration. De même,
48.981 travailleurs civils ouvriers spécialisés (O.S.) ou non
spécialisés (O.N.S.) sont dirigés vers 129 établissements
métropolitains. Les origines de ces 93.411 hommes sont les suivantes:
Tonkin 24%, Annam 32%, Cochinchine 22%, Cambodge 22%.

Dans
le domaine de l'armement, une grande partie de l'artillerie en service
dans l'Union est également expédiée vers le front. Ainsi, 175 pièces
sont embarquées pour Marseille et les canons des batteries côtières du
Cap Saint-Jacques rejoignent le Cameroun. 55.000 tonnes de produits
divers sont aussi acheminées vers Marseille. Parmi les envois figurent
notamment 12.000 lances en bambou pour la cavalerie et 62.000 crosses
de fusils en bois de bich lyang et de goi. En outre, les habitants de
la péninsule souscrivent 541 millions de francs au titre de divers
emprunts, obligations de la Défense Nationale ou contributions à des
oeuvres de guerre.

Le recrutement

Celui-ci
est encouragé par les monarques d'Annam et du Cambodge. L'Empereur Duy
Tân fait préciser que « le jour où la France triomphera, les
volontaires bénéficieront d'une attention de la cour ». Le Roi
Sissowath âgé de 80 ans déclare que « s'il avait 20 ans de moins, il
partirait se battre ». Le nationaliste Phan Chau Trinh exilé en France
ne s'oppose pas à l'enrôlement de ses compatriotes ; le 12 novembre
1915, il affirme son désir « de voir les Vietnamiens verser leur sang
aux côtés des Français et mêler leurs cadavres avec ceux des
métropolitains si bien que ces derniers auront à coeur d'aider ensuite
les Indochinois ».

Les
volontaires sont attirés par les primes promises, le désir de faire un
grand voyage et d'acquérir la maîtrise de la langue française ainsi que
des connaissances professionnelles. Certains supputent que leurs futurs
exploits guerriers leur vaudront des décorations et des grades
mandarinaux. D'autres ont l'espoir d'être naturalisés ou à tout le
moins de se voir nommer à un emploi administratif. Ainsi, les treize
engagés du huyên de Nga Son quittent leur village en chantant « La
Marseillaise Locale » dont une strophe assure « Annamites, hommes de
vaillance - Si vous voulez de bonne heure obtenir du mérite - Frappez
d'estoc et de taille furieusement les loups animés de sentiments de
monstres » (c'est-à-dire l'ennemi).


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Tirailleurs annamites

A
la fin du conseil de révision, les conscrits aptes à être incorporés
reçoivent à même la poitrine un signe tracé avec un pinceau enduit de
nitrate d'argent. Dès lors, ils se promènent fièrement le « cai ao »
déboutonné afin d'exhiber cette marque. Ensuite, ils se rendent dans un
des cinq dépôts établis dans la péninsule où, encadrés par des gradés
de la Garde Indigène, ils sont instruits durant trois mois avant d'être
embarqués. En les voyant partir, beaucoup d'habitants de l'Union
pensent que la France doit être en bien mauvaise posture pour faire
ainsi appel à des Asiatiques après avoir engagé dans le conflit des
Africains et des Maghrébins.

Pour
favoriser le recrutement, des films de propagande montrant la vie
fastueuse menée par les volontaires en France sont projetés dans les
villages. Le 10 septembre 1917 à Hanoï devant le gouverneur général
Sarraut une pièce de théâtre intitulée « La patrie avant la famille »
est jouée. Un tel titre offusque évidemment les habitants élevés dans
le culte du Hiêu, la piété filiale. Enfin, sur tous les murs des villes
les autorités font apposer une affiche représentant un tirailleur
souriant indiquant du doigt à un « nhà quê » accroupi à ses pieds la
liste des avantages financiers réservés aux nouvelles recrues.


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Les recrues

La traversée

Elle
est toujours pénible et souvent très dangereuse. Les itinéraires
adoptés pour rejoindre l'Europe ne sont pas les plus directs. Ainsi,
les 1er et 2ème BTI (Bataillon de Tirailleurs Indochinois) sont
débarqués à Djibouti où ils stationnent quelques semaines. Le 3ème BTI
fait une longue escale à Madagascar. Les formations mettent en moyenne
de 30 à 50 jours pour rallier Marseille. Toutefois, le 13ème BTI parti
de Haïphong le 29 mars 1916 n'aborde les côtes de Provence que le 3
juillet après 102 jours de voyage. Ayant pris place sur un vieux
transport, le "
Peï Ho
",
les Indochinois de ce bataillon couchent dans des cales surchauffées,
les cuisines et les latrines étant insuffisantes. Atteints d'oreillons
puis de choléra, les tirailleurs ont enregistré 128 décès et 127
malades ont été soignés en Égypte au Lazaret de Thor. Fréquemment, du
fait de leur débarquement pour hospitalisation au cours de la
traversée, certains militaires de l'Union sont séparés de leurs
compatriotes. Ainsi sur le "
Porthos
",
le 9 septembre 1918, un seul Tonkinois voyage avec 67 Français et 2.020
ouvriers chinois. Enfin, plusieurs navires partis de Saïgon sont
torpillés, tels l'"
Athos
" et l'"
Amiral Olry
".
Les Bataillons de Tirailleurs Indochinois

A
leur arrivée en France, toutes les unités sont classées en formations
d'étapes non combattantes. Ce statut évolue au fil du temps.

L'armée d'Orient

Dès
le mois de novembre 1916, le 1er BTI est engagé sur ce front lointain,
suivi en août 1917 par le 2ème BTI. Ils y affrontent des troupes
autrichiennes et bulgares voire des bandits albanais.

Le
1er BTI relevant de la 137ème DI combat avec le 175ème RI et le 2ème
BCP dans le secteur des lacs Malick et Okrida. Le sergent Nguyên Van
Khuu défend avec 3 tirailleurs une position en dépit de plusieurs
blessures. Le 2ème BTI se signale à Veliterna et à la cote 1 650, puis
lors de l'offensive victorieuse de septembre 1918 vers Prilep et Uskub.
Au cours de ces combats il déplore 23 tirailleurs tués, 41 blessés et
10 disparus : ses hommes se voient décerner deux médailles militaires
et 144 croix de guerre.

Pour
récompenser l'allant de ces deux corps, le commandement les autorise à
prendre l'appellation de Bataillon de Marche Indochinois. Les poilus de
l'armée d'Orient se délectent d'une anecdote savoureuse à leur sujet.
Une nuit, un tirailleur tonkinois de faction arrête la voiture du
Prince Alexandre, commandant l'armée serbe. Péremptoirement il demande
« Gna le mot ». Or, l'entourage princier ignore la consigne et s'en
explique auprès de la sentinelle. Celle-ci cependant continue à barrer
la route avec un sonore « Không biêt » ("je ne comprends pas"). Il
faudra l'intervention d'un officier pour que le convoi puisse
poursuivre sa route.

Le front européen

Le
28 août 1916, sur ordre du général Guyot de Salins commandant la 38ème
DI et ayant longtemps servi dans la péninsule, la 4ème compagnie du
6ème BTI (bataillon non combattant) se rassemble à Stainville (Meuse).
Le 24 octobre suivant, elle participe dans les rangs du 8ème RTA à la
reprise du fort de Douaumont. En allant occuper ses positions la veille
de l'assaut, elle subit un violent bombardement ; son capitaine et 3
tirailleurs sont tués. Pour atteindre l'objectif fixé, la compagnie
progresse par bonds sous les obus. Au cours de l'attaque, elle a pour
mission de ravitailler les premières lignes en munitions d'infanterie
en accompagnant au plus près les troupes de choc. A 11 heures le
lendemain, les attaquants sortent des tranchées après un tir de soutien
d'artillerie exécuté par 800 canons. Dans le brouillard, avançant dans
des boyaux très étroits, les hommes du 6ème BTI marchent courageusement
vers l'ennemi. Ils arrivent ainsi aux carrières d'Haudremont où ils
s'installent dans les positions allemandes conquises. Relevés le soir
même, les Indochinois comptent 13 tués, 20 blessés et 12 disparus. Le
sergent Tran Tai Tao et le tirailleur Nguyên Van Dong sont alors
décorés de la médaille militaire. Il en est de même un peu plus tard
pour le sergent Nguyên Van Dang ; ayant perdu la vue, il a refusé de
quitter ses camarades.

Il
est regrettable que la plaque apposée en 1962 à l'entrée du fort de
Douaumont ne mentionne pas l'action de la 4ème compagnie ainsi qu'elle
le fait pour les autres unités ayant participé à la reprise de la
position. Quelques restes mortels d'Indochinois de ce bataillon se
trouvent à l'Ossuaire de Douaumont où ils ont été ensevelis par erreur
en tant que musulmans. Pourtant, une circulaire en date du 15 juin 1916
prescrit que les cadavres des Asiatiques décédés doivent être inhumés «
dans un suaire blanc, ongles coupés, sans objet métallique dans leurs
vêtements, coiffés d'un turban blanc si leurs parents sont encore
vivants, bras non croisés et allongés le long du corps ». Le même
document comporte un dessin de la pierre tombale ornée d'un symbole
taoïste à ériger.

Le
7ème BTI rejoint la zone des armées en avril 1917. Ses unités
élémentaires sont réparties entre les 54ème, 67ème et 350ème RI de la
12ème DI. Le corps participe à la bataille de l'Aisne en 1917 au nord
de Soupir. En trois jours, il accuse 21 tués, 95 blessés et 67
disparus. Au cours des combats, le tirailleur Ngo Dinh Phu abat 2
adversaires et capture 16 ennemis qu'il conduit fièrement à son
capitaine. Ensuite, le bataillon occupe des positions dans les Vosges
puis dans le secteur de Reims ; l'armistice le trouve près de
Gérardmer. En deux ans, les militaires du 7ème BTI ont reçu 97 croix de
guerre. Le 22 novembre 1919, la formation entre solennellement dans
Strasbourg avec les troupes du général Gouraud.

Le
21ème BTI monte en ligne le 14 juillet 1917 non loin de Saint-Dié.
L'année suivante, il défend des tranchées dans les Vosges puis près de
Reims au mois d'août. Là, il repousse deux coups de main et sa 4ème
compagnie est citée à l'ordre de la division « pour avoir résisté à
deux violentes attaques malgré les toxiques répandus par l'adversaire
qui ont conduit à l'évacuation du tiers de ses effectifs ». Le 21ème
BTI déplore, le 11 novembre 1918, 20 tués et 50 blessés ; ses
tirailleurs ont mérité deux médailles militaires et 143 citations à
divers ordres. Parmi les hommes récompensés figure le caporal Tran Huu
Can qui, atteint de trois balles, a continué la lutte.

Au
cours de ces sanglants combats, les unités indochinoises trop souvent
fractionnées ne déméritent aucunement. Elles obtiennent onze médailles
militaires et 555 croix de guerre. Les poilus remarquent les qualités
de guetteur et le sens de l'organisation du terrain des Asiatiques. Ils
les estiment « impassibles sous les obus, sérieux, froids, sans nerfs
». En 1917, le chef de corps du 67ème RI écrit d'eux : « Ils ont été
réellement très bien, allant toujours de l'avant ». La même année, un
général décrit « les tirailleurs indochinois dans les tranchées et
occupant à leurs moments de repos les abris. Ils y écrivent à leurs
familles ou lisent des bouquins en caractères chinois avec autant de
tranquillité que s'ils se trouvaient au bord d'un paisible arroyo ».

Les bataillons d'étapes

La
péninsule étant considérée par l'état major comme un réservoir de main
d'oeuvre plus que de combattants, 15 formations de ce type vont être
mises sur pied. Certaines doivent effectuer une tâche pénible et
insalubre dans les poudreries et les usines d'armement. Estimés plus
dociles que les ouvriers européens, les Indochinois servent de cobayes
au système Taylor instauré dans ces établissements. Les syndicats les
jugent indignes d'être considérés comme des ouvriers à part entière car
ils refusent de se mettre en grève et effectuent volontiers des heures
supplémentaires pour percevoir des primes. Ainsi à la poudrerie de
Bergerac ils assument 70% de la production alors qu'ils ne représentent
que 50% des effectifs. Mêlés à leurs compatriotes ONS, ils
entretiennent des relations cordiales voire affectueuses avec le
personnel féminin. Dans les parcs d'aviation ils se montrent habiles
mécaniciens et dans les gares régulatrices ils se révèlent rapidement
aptes à assurer les fonctions d'aiguilleurs.

D'autres
unités d'étapes entretiennent les voies de communications, comme les
3ème et 9ème Compagnies du 9ème BTI transformées en 53ème et 54ème
Batteries de construction de voies de 0 mètre 60. Le 16ème BTI a pour
mission de ravitailler les positions d'artillerie en obus ; le 11 avril
1917, pris sous un bombardement à la gare de Froissy, il déplore trois
tués alors que cinq de ses hommes tombent l'année suivante. Les 17ème
et 23ème BTI exploitent des carrières et le 11ème édifie des pistes
d'aviation. Des compagnies sont détachées aux Services du Génie
français et américain.

En
1917, les BTI versent 5.000 hommes au service automobile. Ayant appris
à conduire en moins d'une semaine, ces militaires constituent des
sections de transport de matériel où ils vont rendre de grands
services. Au printemps 1918, les conducteurs de la Réserve Automobile
n°1 dont les deux tiers sont originaires de la péninsule, ne dormant
que quelques heures, transportent en urgence les renforts au front.
Celui-ci étant mouvant, certains chauffeurs indochinois sont pris sous
des tirs d'artillerie voire dans des combats d'infanterie. Ils entrent
parfois en contact avec leurs homologues siamois.

Leurs
supérieurs estiment qu'entretenant mieux leurs véhicules que leurs
camarades français, ils évitent 25% des réparations constatées sur les
autres camions. Cette appréciation n'est pas celle de la revue « Le
Volant » qui le 12 janvier 1918 imprime: « L'Annamite ne connaît qu'une
chose : la vitesse ; plus son moteur tourne et ronfle, plus il juge que
tout va bien ». Un de leurs chefs dénonce également « leur propension à
entasser dans leurs véhicules un trop volumineux matériel de
récupération réservé à leur confort personnel, certaines plates-formes
étant transformées en chambres à coucher richement meublées ».

Les médecins, les infirmiers, les aviateurs

Quelques
médecins indochinois rejoignent volontairement au cours du conflit
leurs confrères citoyens français qui seront évoqués dans un autre
paragraphe. Ainsi, le 10ème BTI, l'hôpital Saint-Louis de Marseille et
celui de Caudéran près de Bordeaux disposent de praticiens auxiliaires
annamites. Le docteur Thai Van Du est affecté depuis juin 1916 à
l'hôpital 224 de Marseille. Épuisé, il est rapatrié et meurt peu après
son arrivée le 12 novembre 1918. Son supérieur, le médecin colonel Le
Bail et monsieur et madame Buonfils qui le considèrent comme leur fils
adoptif font alors déposer une plaque commémorative au cimetière de Hué.

Les
infirmiers, au nombre de 9.000, sont sommairement instruits. La
majorité d'entre eux sert dans les établissements de l'arrière tandis
que d'autres sont brancardiers sur le champ de bataille. C'est
notamment le cas des tirailleurs Nguyên Van Bac et Nguyên Ba Con qui
sont cités à l'ordre du Corps d'Armée Colonial. A plusieurs reprises,
les compagnies du 21ème BTI participent aux offensives pour ramasser
les blessés. Dans les hôpitaux militaires, l'impassibilité devant la
douleur dont les Asiatiques font montre provoque parfois la fureur des
poilus. L'un d'eux à l'hôpital 18 de Bordeaux décrit « le sinistre
petit Chinois qui fait tout de travers et ne parle pas un mot de
français ».


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Caporal, infirmier, tirailleur du 6e BTI (collection Eric Deroo)

Imitant
leur célèbre compatriote, le capitaine Do Huu Vi, quelques Indochinois
pilotent des avions. Le maréchal des logis Phan That Tao et le sergent
Cao Dac Minh sont de ceux là. Ce dernier, après un séjour au front se
tue lors d'un accident à Cholon le 28 avril 1918. Le caporal
mitrailleur Félix Xuân Nha de l'Escadrille A 253 est abattu en 1917
après avoir défendu son avion assailli par quatre appareils ennemis.

Les Indochinois face à la modernité

A
leur arrivée en Métropole, les tirailleurs éveillent la curiosité avec
leurs salaccos en latanier, leurs chignons, leurs dents laquées de noir
et les baguettes dont ils se servent pour manger. Jusqu'en 1917, ils
sont accueillis avec bienveillance et des liens amicaux s'établissent
avec les métropolitains. Les archives ne rapportent qu'un seul incident
: dans la Somme, des tirailleurs qui se baignent tout nus dans le
lavoir d'un village sont verbalisés par la prévôté pour attentat à la
pudeur. Cet événement est relaté par le journal de la péninsule
l'Opinion
.

Les
gradés européens des BTI, lorsqu'ils n'ont pas servi en Indochine,
notent « qu'il est difficile de se rendre compte du moral des Annamites
qui sont très renfermés et ne s'ouvrent pas à leurs supérieurs ». Un
officier du 12ème BTI estime toutefois que ses hommes sont « de braves
gens très dévoués » alors qu'un autre rend compte que ses tirailleurs
parlent trois langues : le Cuôc Ngu (sic), le Nôm (1) et le Chinois
mais nullement le français. Certains sous-officiers surnomment les
originaires de la péninsule « les Aztèques ». Le commandement fait le
nécessaire afin que les Asiatiques ne soient pas confrontés à de trop
importants problèmes d'acclimatation. Ils reçoivent des vêtements
chauds et des produits de leur contrée tels que bétel, noix d'arec,
piments ; une usine de nuoc mam fonctionne en métropole. Le général
Claudel rédige lui-même une notice pour cuire le riz à l'annamite et
fait doter le 21ème Bataillon en 1917 d'un « cai quan » (pantalon) sans
bouton. et le Chinois mais nullement le français.

En
théorie, les Indochinois peuvent bénéficier de permissions à passer à
Narbonne et Perpignan et en cas de blessure ou de maladie certains
hôpitaux tel celui de Marseille leur sont réservés. Les tirailleurs
sont soumis à une stricte surveillance par la 8ème direction du
Ministère de la Guerre et dès le 1er janvier 1916 leur courrier est
astreint à la censure de lecteurs que les Annamites nomment les «
mandarins de la casserole ». En particulier, les clichés obscènes ou
licencieux envoyés aux familles de même que les photographies montrant
un Asiatique se faisant cirer les souliers par un Français sont
confisqués.

De
leur côté, dès leur débarquement à Ma Sây (Marseille), les tirailleurs
observent la métropole et ses habitants avec acuité. Ils écrivent que
ces derniers « sont très différents des Français d'Indochine et qu'ils
peuvent être aussi bien mandarins que coolies ». Ils sont choqués de
voir des vieillards mendier et l'un d'eux déclare : « Chez nous les
gendarmes font les grands messieurs, ici ils sont considérés comme des
chiens ». Ils estiment que les immeubles de Paris sont plus grands que
la "cai nha go da" (Godard, les magasins réunis) de Hanoï. Les machines
agricoles sont comparées à des démons malicieux et les écoles
nombreuses ainsi que les bureaux de poste tous dotés de "fil tac tac"
(téléphone) entraînent l'admiration. Le fait de pouvoir fréquenter les
métropolitains et leur parler est fort apprécié.

Confrontés
à la diversité des populations transplantées par la guerre, les
Indochinois détestent les Chinois avec qui ils sont souvent embarqués.
Des rixes éclatent entre eux à bord des navires et à la base de Port
Saïd. Les Maghrébins leur font peur étant données leurs méthodes de
combat alors que les Malgaches sont bien tolérés. En revanche, les
Sénégalais et les Somalis sont peu appréciés et un affrontement avec
les premiers à Pau en 1918 se solde par 16 morts pour les deux camps.
L'entente n'est pas non plus parfaite entre les Cochinchinois et les
Tonkinois, ces derniers accusant les premiers d'accaparer les
meilleures places dans les bataillons.

Le
déroulement de la guerre fait l'objet de conversations et de missives.
L'opinion générale est que la France va gagner mais avec le concours de
nombreux autres peuples dont les Indochinois. Ceux-ci parlent des
péripéties du conflit comme si c'étaient celles d'une pièce de théâtre
annamite. Une lettre affirme : « La guerre se déroule comme dans nos
légendes avec des hommes qui volent dans les airs et d'autres qui
plongent sous l'eau ». Un sergent du 6ème BTI déclare étrangement : «
Ici, à Verdun nous nous amusons et faisons la guerre ». Le vocabulaire
utilisé pour décrire les matériels en service est très imagé, les
tirailleurs parlent de "Ba Lôn Tchô Tchich" (ballons saucisses), d'obus
avec un picul (2) de poudre, de voiture "To Lo Bil" ou de "Xe O To"
(auto). Toutefois les événements survenus dans la péninsule et en
particulier ceux de Thaï Nguyên et de Binh Liêu les affectent plus que
ceux du front français.

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2 poilus et tirailleur indochinois au repos (collection Eric Deroo)

Tout
d'abord bien accueillis par les poilus et les populations civiles de
l'arrière, les Indochinois à partir du printemps 1917 vont être l'objet
de mesures d'exclusion et devoir affronter un climat d'hostilité voire
de haine. En effet, l'état major pour briser les grèves a fait appel à
des bataillons d'étapes peu formés pour une telle mission. Dès lors,
les tirailleurs sont qualifiés de « jaunes » (opposants à la grève) par
les ouvriers. Fait plus grave, le 18ème BTI basé en région parisienne
assure la garde de la prison de Fresnes, de l'aérodrome du Bourget et
des usines d'Ivry. Il y est confronté à des rassemblements de grévistes
où des femmes demandent le retour des combattants. Le corps doit
s'opposer à ces manifestations notamment à Saint-Ouen et boulevard
Bessières. Un peu plus tard, une sentinelle asiatique respectant ses
consignes abat une jeune fille qui n'avait pas obéi à ses sommations.

Rapidement
dans la zone des armées, une rumeur tenace et infondée accuse les
Indochinois d'avoir tiré sur les épouses des poilus et d'en avoir violé
certaines. Le 2 juillet 1917, au Palais Bourbon, un ministre évoque
devant les députés, les « Annamites mitrailleurs qui restent avec les
Sénégalais le plus sûr garant du maintien de l'ordre dans les villes ».
Toutes les enquêtes effectuées sur les causes des mutineries de 1917
font état « de l'action des jaunes contre les populations civiles ».
C'est notamment le cas aux 17ème, 23ème, 129ème et 133ème RI où les
militaires affirment qu'à Saint-Denis les tirailleurs indochinois ont
fait usage de mitrailleuses contre les épouses des combattants et ont
abusé d'elles.

Dès
lors, des représailles sont exercées contre les originaires de la
péninsule. Ils sont insultés et battus à Douaumont par des troupes qui
redescendent du front. Un tirailleur est abattu à Nixéville (Meuse). A
Angoulême, la foule envahit le cantonnement des Indochinois et à
Bergerac la population lâche des chiens contre eux. A Bourges, Tarbes
et Toulouse, les habitants les accusent de prendre la place d'ouvriers
qui sont ainsi obligés d'aller combattre. En réalité, le seul grief
valable pouvant être opposé aux tirailleurs et à leurs compatriotes
ouvriers consiste en leurs relations intimes avec les femmes et les
filles de poilus. Un sous-officier tonkinois écrit cyniquement : « Non
seulement nous défendons la France mais nous la repeuplons ». En effet,
soixante Eurasiens naissent en 1918 à Saint-Médard-en-Jalles. De tels
faits ne peuvent qu'entraîner l'indignation des combattants venant en
permission. Philosophiquement un Indochinois écrit alors : « N'est-il
pas étrange qu'un peuple si éclairé et si digne d'être le précepteur du
monde devienne stupide au point de ne pas s'apercevoir qu'il dit des
bêtises ? »

Les citoyens français d'origine annamite et les Indochinois résidant en métropole

Dans
la péninsule et surtout en Cochinchine, les hommes jouissant de la
nationalité française s'engagent en nombre. Tels leur compatriote, le
capitaine Do Huu Vi, ils réclament « le droit de se battre deux fois
plus que les autres citoyens car ils sont à la fois Annamites et
Français ». Ils désirent ardemment rejoindre les six officiers d'active
d'origine vietnamienne ou khmère servant déjà dans l'armée française.
Le docteur Lê Quang Trinh, diplômé de la Faculté de Montpellier en
médecine, pharmacie et agronomie, naturalisé français en 1911 et
volontaire en août 1914, accompagne tout d'abord la colonne Friquegnon
dans le Haut-Laos puis en 1917 rejoint le front français. Lors de la
traversée, l'"
Athos
"
sur lequel il s'est embarqué est torpillé en Méditerranée. Promu au
grade de médecin lieutenant, il sert successivement aux 22ème, 24ème,
18ème BTI puis au 2ème BCP et au 47ème RI. II est cité le 4 juillet
1918. L'ingénieur Luu Van Lang devient officier d'artillerie et
commande une batterie en 1918. Le soldat Long Vo Thanh venu de la
péninsule est blessé et cité à l'ordre de la 31ème Brigade Coloniale.
L'ingénieur agronome Can Van Tran est tué et le commis greffier Truong
Vinh Truong grièvement atteint. Le caporal Bertrand Can qui a rejoint
la France le 30 mars 1915 avec un groupe de quatre-vingts volontaires
est affecté au 23ème RIC. Le 4 octobre suivant lors de l'attaque de la
Chenille de la Main de Massiges une grenade allemande lui arrache une
main : il reçoit alors la médaille militaire et la croix de guerre avec
palme. Le Cambodgien Khim Tit réformé une première fois en 1916 réussit
à gagner plus tard la métropole avec le magistrat annamite Tran Van
Thy. Au Laos, les deux fils Ngin dont le père a été l'interprète de
Pavie sont également volontaires. Nguyên Van Laï dit Kone Nicolas est
incorporé à la Légion Étrangère en 1915 de même que le Chinois Ma Yu
Pao ancien élève d'une école française du Yunnan. En 1917 ce dernier
est blessé une première fois puis il tombe au sud d'Amiens le 2
septembre 1918.

Dans
la péninsule, le Service de la Protection de l'Enfance incite les
Eurasiens à s'enrôler en veillant toutefois « à ce qu'ils présentent
des caractéristiques physiques françaises ». Parfois incorporés très
jeunes, ils sont nombreux aux 141ème et 408ème RI. L'un d'eux, Mai Tam
Maurice, est décoré de la médaille militaire et de la croix de guerre
avec palme pour son courage.

Au
début du conflit, quelques centaines d'Indochinois parmi lesquels des
étudiants boursiers vivent en France ou en Algérie. Bien que simples «
sujets ou protégés français », ils se présentent aux bureaux de
recrutement et beaucoup sont admis dans les corps de troupe
métropolitains puis dans les BTI. C'est notamment le cas des Princes
khmers Pinoret et Watchayavong et du Tonkinois Nguyên Ba Luan. Ces
derniers sont rejoints par des élèves de l'École Nationale des Arts et
Métiers d'Aix-en-Provence et d'Angers et de l'École professionnelle de
Vierzon. Il en est de même pour le docteur Lê Van Tinh, interne à
l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, futur président de la République
Cochinchinoise en 1946 et titulaire de la croix de guerre avec une
citation à l'ordre du corps d'armée. Le répétiteur de l'École des
Langues Orientales Cao Dac Minh n'a de cesse d'être incorporé à l'École
d'Acrobatie Aérienne de Pau car il a le désir « d'abattre au moins un
avion ennemi ». Le premier Indochinois à combattre est le jeune Trân
Thanh Can qui suit les cours de l'École Supérieure d'Agriculture
Coloniale de Nogent-sur-Marne. Dès le 25 août 1914 il s'engage dans les
rangs du 112ème RI de Toulon. Il affirme alors à ses chefs :« Je veux
avoir ma part dans le combat en cours » puis gagne le front le 12
septembre suivant. Le 20 janvier 1915, il est cité à l'ordre de l'armée
« pour avoir soigné sous une grêle de balles ennemies plusieurs blessés
lors d'un assaut ». Plus tard, il précise à ses parents habitant Cholon
que cette affaire a coûté 300 hommes à son bataillon.


Les rapatriements

En
théorie, ceux-ci respectent l'ordre de numération des bataillons,
hormis pour le 3ème BTI qui formé de Cochinchinois, embarque en
priorité. L'opération va s'échelonner jusqu'en 1920. Entre temps, les
tirailleurs sont affectés aux zones dévastées dites aussi zones rouges
dans les départements précédemment envahis. Ils ont pour mission de
nettoyer le champ de bataille, de neutraliser les projectiles non
éclatés et d'enterrer les morts. Ils accomplissent cette tâche pénible
et dangereuse dans les pires conditions matérielles, mêlés à leurs
compatriotes ONS et aussi très souvent à des prisonniers de guerre et à
des Chinois.

Lorsqu'ils
débarquent enfin dans les ports de la péninsule, les militaires
indochinois reçoivent une brochure imprimée par les établissements Mac
Dinh Tu de Hanoi en 1919, qui leur précise leurs droits. En outre, par
province, un comité d'assistance a pris la suite de celui chargé de
leur envoyer des colis durant les hostilités. Très rapidement,
cependant, l'indifférence voire l'agacement vont prévaloir envers les
turbulents « retours de France » comme on les nomme. Ces derniers en
effet récusent les autorités traditionnelles et désirent traiter
directement avec l'administration coloniale dont ils parlent la langue
après avoir suivi en métropole les cours de la Mission Laïque
française. Certains reçoivent des parts de rizières dans un village qui
leur est réservé en bordure du canal de Bach Ghia dans la province de
Thaï Nguyên, d'autres perçoivent une prime qui leur permet de
s'installer en tant qu'artisan ou fermier. Les démobilisés originaires
de l'Annam et du Tonkin sont honorés par un grade mandarinal parmi les
neuf classes et les deux degrés de cet ordre. Les Cochinchinois se
voient attribuer un droit de préséance lors des cérémonies rituelles.
Les Khmers sont décorés des distinctions royales de leur pays tels que
la médaille du Muniseraphon.

Cependant,
en dépit de ces marques d'attention, l'amertume des libérés reste
grande. En effet, les mutilés, les blessés, les décorés de la médaille
militaire et de la croix de guerre qui ont demandé la nationalité
française se la voient refuser dans la plupart des cas. Pourtant, à
deux reprises différentes, le gouverneur général Sarraut au conseil
général du gouvernement et à la pagode Van Mieu de Hanoï avait laissé
clairement entrevoir une telle possibilité. Or, de 1919 à 1923, seuls
soixante-treize anciens combattants obtiennent la citoyenneté
française. Dès lors, ils se plaignent de cette parcimonie au Maréchal
Joffre lorsqu'il vient en Indochine au cours de l'année 1922. Ils
accueillent le « chef aux gros sourcils » ainsi qu'ils le nomment, à Ba
Dinh sur la route de Vinh à Hanoï. Parmi eux, 220 arborent la croix de
guerre gagnée sur les champs de bataille de Pha Lang Xa (France). Ils
évoquent auprès de lui le souvenir de "Ông Ga", le général Gallieni, et
celui de "Ong Pen I Tie", le général Pennequin.


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Monument aux morts de 1914-1918 à Hanoï

(cliché du gouvernement général de l'Indochine)

Certes,
l'apport de 5.000 combattants et de 38.000 tirailleurs accomplissant
des tâches logistiques au sein d'une armée française de 5.500.000
mobilisés peut paraître minime. Toutefois, confrontés à une
civilisation très différente de la leur, acteurs ou témoins
d'événements sanglants, et évoluant à partir de 1917 dans un climat
hostile, les Indochinois de 1916 à 1918 ont fait front avec abnégation
et courage. Le livre d'or que le gouvernement général d'Indochine avait
promis de leur consacrer n'a jamais vu le jour. Mais leurs tombes,
telles celles de l'ossuaire de Douaumont ou des cimetières de Géré et
d'Udonista (Albanie), attestent leurs sacrifices au cours de la grande
guerre.

(1)
Système qui avant l'invention du quôc ngû permettait de retranscrire
phonétiquement les caractères chinois en caractères vietnamiens.

(2) Mesure utilisée pour peser le paddy équivalente à 68 kg.

Colonel Maurice RIVES

copie collée sur le site L'A.N.A.I.



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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeSam 11 Sep - 18:04

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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeSam 11 Sep - 18:28

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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeSam 11 Sep - 19:23

bonsoir 21TDM08

merci pour ces belle carte militaires indochinois en Europe (1914-1918) 575809 militaires indochinois en Europe (1914-1918) 575809

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MessageSujet: L'Empire français: les colonisés au secours de la métropole   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeSam 11 Sep - 19:50

bonsoir les marsouins

L'Empire français: les colonisés au secours de la métropole

1914-1918: du monde entier, l'Empire français a envoyé en Europe 550 000 combattants, dont plus de 78 000 sont morts. Les plus gros contingents sont fournis par l'Algérie, avec 250 000 hommes, et par l'Afrique noire, avec environ 200 000. On a compté également 45 000 soldats indochinois. Les Alliés ne sont pas en reste: 90 000 Indiens ont combattu sur le front occidental, 20 000 d'entre eux y ont été tués.

En 1914 comme en 1944, les colonisés sont venus au secours de la France, et ils ont contribué à sa libération, à sa victoire. Les actualités cinématographiques ont restitué l'image de ces tirailleurs algériens qui, à la fin de l'été 1914, défilent dans la capitale et redonnent du coeur aux Parisiens.

Les milieux dirigeants vivaient sous l'impression du livre-manifeste du colonel Mangin, "La force noire", qui laissait croire que l'apport de milliers de soldats d'Afrique noire ou du Maghreb pourrait jouer un rôle décisif dans l'affrontement qui s'annonçait avec l'Allemagne. Mais les colons y voyaient une menace à terme pour leur contrôle des populations. Et Paris ne voulait rien savoir des mouvements quasi insurrectionnels existant alors en Kabylie comme dans le Constantinois.

Au Maroc, la <> n'est pas achevée, et le général Lyautey est pris entre deux feux: ou bien il souligne que le Sultan est loyaliste -il a déclaré la guerre à l'Allemagne- et on ne comprend pas qu'il n'envoie pas les troupes que la métropole lui demande; ou bien il faut reconnaître que le pays n'est pas vraiment soumis, et son triomphalisme fait figure de mystification.

Au total pour le Maghreb, les appelés furent donc moins nombreux que prévu. En 1918, Lyautey n'envoie que 25 000 Marocains sur les 88 800 attendus. C'est que l'opinion musulmane demeurait réticente, hostile même: les sympathies d'une bonne partie des populations vont à l'Empire ottoman et à Guillaume II, dont le discours de Tanger contre la présence française, en 1905, est encore dans les mémoires. A cela s'ajoute la rancoeur des tribus loyalistes devant le bilan des pertes. Dès 1914, sur 4 000 tirailleurs engagés, 800 seulement ont survécu.

<>, écrit Juin, alors sous les ordres du général Mangin. Voilà qui accrédite l'idée qu'on utilise ces troupes comme de la chair à canon. De fait, on compte 1 mort pour 4,32 <> mobilisés, pour 1 sur 5,46 Français servant dans les mêmes corps de troupes. Parallèlement, des tirailleurs algériens figurèrent parmi les combattants les plus décorés.

Ce contraste rend compte d'un paradoxe: ces anciens de 1914-1918 devinrent bientôt les chantres de la colonisation. Car si au front ou à l'usine, leurs conditions de vie sont innommables, la guerre est une école d'égalité et, décorés ou pas, ils ne sont pas humiliés quotidiennement comme à la colonie. En ayant participé à la victoire, ils se transfigurent en vainqueurs. C'est plus tard, de retour au pays, une fois les promesses d'émancipation non tenues, qu'ils prennent la mesure de leur sacrifice, et que leur amertume commence à poindre. Au Maroc, à partir de 1921, la guerre du Rif réveille le nationalisme.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle fois les troupes coloniales participèrent à la victoire. Autant que les déclarations de De Gaulle à Brazzaville, la Conférence de San Francisco en 1945 réveilla les revendications de ceux qui s'étaient battus pour la France. Or celle-ci et ses gouvernements avaient oublié de remercier, négligeant de tenir les promesses de citoyenneté et d'indépendance. On sait la suite...

de Marc Ferro

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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeDim 19 Sep - 17:38

Avé
Marc Ferro est un historien partisan : il prend son idéologie pour une réalité.
Dans ma famille, tout le monde a été soit Tirailleur (RTA) soit Zouave.
Même mon père (pas "pied noir" mais alsacien) a été sous-officier de RTA et parle encore de ses "Tirailleurs couscous" avec respect
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Cet aïeul du 1er RZM est tombé au cours de l'offensive de juillet 1918 (je fais des centaines de km pour fleurir sa tombe aussi souvent que je peux) était originaire de Mostaganem.
Si la maltraitance de maghrebins est devenue légendaire, je pense que c'est plutôt le fait de colons que du pied noir de base.
Pour les Tirailleurs indochinois, je ne sais pas.
Amitiés
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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeDim 24 Oct - 18:51

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MessageSujet: Re: militaires indochinois en Europe (1914-1918)   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeLun 25 Oct - 17:14

bonjour les marsouins

belle image 21TDM merci a toi militaires indochinois en Europe (1914-1918) 575809 militaires indochinois en Europe (1914-1918) 575809

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MessageSujet: §§   militaires indochinois en Europe (1914-1918) I_icon_minitimeMar 26 Oct - 8:09

Merci Bruno et 21TDM08 pour l'excellent post militaires indochinois en Europe (1914-1918) 323285 militaires indochinois en Europe (1914-1918) 323285
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